prime student

Big Brother & The Holding Company : prises alternatives



Sex, Dope & Cheap Thrills
Dans A écouter, Chroniques 06/12/2018 20:00 1,481 Vues
Résumé : Janis ne nous a jamais semblé si présente, si palpable, quitte à occulter injustement, une fois encore, la ferveur du groupe qui s’active derrière elle.
Note de l'utilisateur Soyez le premier ou la première !

Une nouvelle réédition qui explore le passage de la chanteuse emblématique au sein du groupe d’acid-blues originaire de San Francisco

Pourquoi cet étrange sentiment d’avoir été téléporté directement dans la console tandis que, derrière la vitre, Janis et les autres enchaînent les prises de ce qui deviendra sous peu un Cheap Thrills faisant l’unanimité jusqu’à Robert Crumb, à qui il avait été demandé de l’illustrer, lui qui avouait sans ambages détester cette musique ? Est-ce parce que le principe appliqué il y a six ans avec la plongée dans les sessions de Pearl, pour la réédition de ce dernier, est à nouveau adopté ici, dans le but de permettre de redécouvrir un album de Janis Joplin à travers des prises alternatives inédites pour la plupart ? À moins que ce ne soit tout bonnement cette incandescence magnifiée pour l’éternité d’une Janis tour à tour cajoleuse et mama blues-soul exsudant tout ce qu’elle aurait gardé en elle de frustrations et de servitudes depuis trop longtemps ?
Parce que ce sont des versions plus rêches des hymnes de l’album (“I Need a Man to Love”, “Piece of My Heart”) – et d’autres qui n’y figureront finalement pas (“Catch Me Daddy”, “Farewell Song”, voire ce “Ball and Chain” capté live) – qui sont dévoilées ici, Janis ne nous a jamais semblé si présente, si palpable, quitte à occulter injustement, une fois encore, la ferveur du groupe qui s’active derrière elle.
Xavier Bonnet
Contient le(s) mot(s)-clé(s) :

Eric Bibb ft. Habib Koité - We Don't Care

Eric Bibb : "Global Griot" aux vibrations unies



Résumé : Dans cet album dont le respect et l’élégance émanent de chaque mesure, un groove chaloupé, classieux et feutré côtoie sans honte des intonations tribales portées par un blues cher à l’artiste.
Note de l'utilisateur Soyez le premier ou la première !

Avec ce double opus, intitulé Global Griot, Eric Bibb convoque la passion du blues en pleine profession de foi traditionnelle

Passées l’incroyable chaleur et la générosité que laisse la première impression de ce double album, sa genèse est encore plus belle. D’une rencontre avec l’Afrique occidentale, Bibb a mis un point d’honneur à aller, au gré des agendas, enregistrer les vingt-quatre titres de ce disque divisé en deux opus avec les plus grands musiciens – griots, les troubadours africains, donc – du continent, Habib Koité et Solo Cissokho en remarquable première ligne.
Dans cet album dont le respect et l’élégance émanent de chaque mesure, un groove chaloupé, classieux et feutré côtoie sans honte des intonations tribales portées par un blues cher à l’artiste. Bibb brouille les pistes tant on se demande quel genre influence l’autre. Réponse, aucun. Signe ultime de la beauté du partage.
Charles Bloch

"Woodstock, Three Days of Peace and Music" : hippies c'est tout !



Le mythique festival de Woodstock revit à travers les pages d’un nouvel ouvrage incluant la version Blu-ray du film

Cinquante ans après, à quelques encablures près, Woodstock continue de marquer les esprits, pour ne pas dire qu’il continue de fasciner. Les raisons en sont multiples, et les différents livres qui sont appelés à sortir dans les mois qui viennent ne manqueront pas d’en décortiquer chacun des éléments. Woodstock, Three Days of Peace and Music, qui reprend l’intitulé complet et son leitmotiv, est le premier à dégainer, avec sa présentation soignée, ses plus de 130 photos ressorties des archives de noms devenus depuis des légendes à leur tour (Elliott Landy, Henry Diltz, Baron Wolman…) et son texte signé de l’auteur, journaliste et animateur radio Michka Assayas.
Pour Assayas, aucun doute, la pérennité de Woodstock s’explique par la dimension expérimentale de l’événement et par la concrétisation d’une idée, d’une philosophie jusque-là utopique, qui trouvait en la circonstance une concrétisation, aussi éphémère fût-elle. “Depuis la création d’ateliers artistiques au début du XXe siècle, la région de Woodstock a toujours incarné une forme de retour à la nature pour les citadins new-yorkais, explique Assayas. Woodstock, c’est un paysage idyllique à une heure à peine en voiture de la ville la plus active, la plus dynamique et probablement aussi la plus polluée, en tout cas en Amérique du Nord. Le mouvement hippie a embrassé à son tour cette tentation de retour à la vie à la campagne et le festival l’a repris à son compte en quelque sorte, avec le sentiment qu’il pouvait  symboliser une nouvelle vie ou l’appartenance à une nouvelle ère naissante.” Bien sûr, l’une des forces de Woodstock réside dans son programme musical et les prestations impérissables qu’ont pu offrir Santana, Janis Joplin ou Jimi Hendrix improvisant, au petit matin du lundi (à cause d’un retard colossal pris par les précédents concerts), cette version de l’hymne américain que l’on entendrait dès lors absolument partout.
Mais, s’il ne s’agit en aucune façon d’en minimiser la portée, c’est aussi l’envers du décor qu’a voulu narrer Assayas. Celui des artistes, avec cette anecdote succulente d’un Grateful Dead que l’on supplie de ne pas installer son matériel sur scène, de peur que cette dernière ne résiste pas au poids de l’ensemble, mais aussi du point de vue du public, dont les pérégrinations ont souvent tourné au cauchemar. “Certains de ceux dont je suis allé chercher le témoignage ont vécu une forme d’apocalypse, confirme l’auteur. À faire des heures de queue pour espérer atteindre les toilettes, à dormir à même le sol et la boue sur des matelas qui  glissaient le long des pentes des collines, sans rien avoir à manger ni à boire. C’est presque un miracle que les choses n’aient pas viré au chaos absolu, que les gens ne se soient pas entretués.”
Sa légende, tout le monde sera d’accord pour l’admettre, c’est aussi et surtout via le lm qui y fut tourné que Woodstock se l’est forgée – un film que l’on retrouve ici dans une version remasterisée avec plus de trois heures de bonus supplémentaires, dont deux de performances et documentaires exclusifs. “Le film a fourni au festival une poésie, une magie, une aura de conte fantastique, conclut Assayas. Il lui a aussi donné un côté épique, avec ces images de garde civile, d’hélicoptères… C’était presque une scène de guerre, mais sans violence, ce qui, dans une certaine mesure, est l’autre grand miracle de Woodstock !”
Xavier Bonnet
Woodstock, Three Days of Peace and Music, de Michka Assayas, disponible dès maintenant chez GM Éditions/Carlotta.
woodstock

Mark Knopfler : Walk of Life



Prolifique comme jamais, Mark Knopfler entend désormais tracer sa route différemment.

Comme pour Privateering il y a six ans, Mark Knopfler s’est montré généreux à l’occasion de Down the Road Wherever : 25 morceaux à l’époque et 20 ici, si l’on compte les bonus tracks prévus pour une édition augmentée de ce nouvel album. “Trop de chansons, je suis désolé”, s’amuse l’intéressé, qui met cette profusion sur le compte de l’âge : “Plus je vieillis, plus je suis productif. Peut-être parce que je n’ai plus à courir dans tous les sens…”
L’âge, le temps, la distance entre passé et présent sont autant de notions qui transpirent de ces nouvelles chansons, des histoires qu’il raconte, des multiples personnages qu’il dépeint. Comme si, à l’approche de ses 70 ans, qu’il fêtera en août l’année prochaine, se déconnecter du moment présent et prendre du recul étaient nécessaires pour l’ancien leader de Dire Straits. “Ce n’est en aucun cas de la nostalgie, précise-t-il. Mais cette notion de temps, de perspective, est de plus en plus intéressante à mesure que tu vieillis. Tu regardes et abordes les choses en permanence à travers un autre prisme. C’est aussi une façon d’expliquer ou de rappeler que, si les temps changent, les gens, eux, ne changent pas, n’apprennent souvent pas grand-chose du passé. Ce genre de constat nourrit forcément un songwriter qui se penche sur ce genre de sujets. Je sais qu’il me faudrait patienter et intégrer cette notion de recul par rapport au présent s’il me venait l’idée d’écrire à propos du Brexit, par exemple. J’ai besoin de ce décalage. Une chanson comme ‘One Song at a Time’, qui figure sur ce nouvel album, possède cette dimension où plusieurs époques se télescopent au fil des strophes. Ce n’est pas forcément nouveau dans mon écriture, mais c’est une chose vers laquelle je tends de plus en plus.”
Le titre “One Song at a Time”, c’est à Chet Atkins que Knopfler le doit, à la faveur d’une phrase que lui avait lancée la grande figure de la country music : “Je suis sorti de la pauvreté une chanson après l’autre.” C’est donc aussi, pour le guitariste, une façon de rendre un hommage appuyé à quelqu’un qui, de son propre aveu, l’a beaucoup marqué.
Sans surprise, la touche Knopfler est omniprésente, et immédiatement identifiable, sur ce nouvel album. L’intéressé considère pourtant que son jeu de guitare a changé au fil du temps, qu’il s’est feutré. “Il s’est en quelque sorte distillé, précise-t-il. Je me suis tellement concentré sur l’écriture des chansons que je l’ai un peu négligé en tant que tel. D’ailleurs, si la prochaine tournée est la dernière, comme prévu, il se peut que je prenne des cours de guitare auprès d’un professeur accompli. Je sais que mon jeu n’a jamais été orthodoxe. Je considère que je joue comme un plombier ! Que l’on ne se méprenne pas, j’aime ma façon de jouer. C’est juste qu’elle ne me satisfait pas forcément en tant que musicien. Quand je dis que je me sens moins musicien que songwriter, ce n’est pas pour rien !”
“Dernière tournée” ? Oui, vous avez bien lu. Comme d’autres (Eric, si tu nous entends…), Mark Knopfler renonce. L’âge avance, son dos le fait souffrir… Pas besoin de vous faire un dessin. Alors, le monsieur est OK pour quelques concerts de-ci de-là, mais c’en est fini des gros barnums qui s’étirent sur de longs mois. En tout cas, ce sera fini après la tournée de 2019, qui ne prévoit pas moins de six étapes en France, entre mai et juillet. “Down the road wherever”, disait-il ?
Xavier Bonnet

Messages les plus consultés