Nina Simone : l'histoire d'Eunice Kathleen Wayman


Immense artiste du blues, du gospel, du jazz ou encore de la soul, chanteuse incomparable, pianiste virtuose, Nina SIMONE ne s’est jamais totalement remise du fait que la petite Eunice Wayman n’a pas pu donner corps à son espoir de devenir la “première concertiste classique noire en Amérique” après que le jury d’entrée de la Julliard School of Music de New York lui en a refusé l’admission. Décision qu’elle considérera toujours comme découlant du fait qu’elle était seule avec sa couleur de peau parmi les candidates.
Ce roman qui raconte la fin de sa vie dans le sud de la France fait la part belle à la liberté d’écriture que n’aurait pas autorisé une nouvelle biographie plus orthodoxe, plus académique (pour cela il vaut mieux se replonger dans l’excellent “Nina Simone, une vie” de David BRUN-LAMBERT).

Pourtant, Gilles LEROY a une immense tendresse pour cette femme au talent magnifique qui a subi la vie à grandes secousses, plaçant trop souvent sa confiance où elle n’aurait pas dû pour finir dans une solitude désespérante ne trouvant son réconfort que dans l’alcool.
Grâce à quelques “flashes-back”, Gilles LEROY éclaire des moments marquants de sa vie personnelle qui apparaît trop souvent comme un désastre dans sa relation aux hommes alors que sa vie publique était bercée par l’adulation de ses admirateurs. Tout en continuant de considérer que, avec ses succès, elle avait “planté son oriflamme sur le mauvais sommet”.
Immense auteur de “Four Women” ou immense interprète de “Strange Fruit”, elle restera toujours cette indomptable égérie de la cause noire face au vice des blancs qui, avec la discrimination positive, arrivent à faire passer pour “illégitime (…) ton succès” et “craindre que ce soit non pas (…) tes qualités artistiques (…) mais (…) la même raison qui te faisait échouer avant, ta couleur de peau”.
Après avoir gagné des fortunes sur toutes les scènes du monde, après avoir été spoliée par les maisons de disques ou par des intermédiaires pour le moins peu scrupuleux, après avoir été battue par un mari qu’elle aimait, après avoir brisé le contact avec sa fille unique, après avoir repris cent fois le chemin de la scène où son public l’attendait avec passion, Nina Simone a disparu dans un relatif isolement à soixante dix ans. Ils seront peu nombreux à ses funérailles mais sa dimension artistique restera consacrée par de nombreuses distinctions musicales alors que l’icône noire le sera par son invitation à l’anniversaire de Mandela.
Les reprises de Bob Dylan, Jacques Brel ou Billie Holliday restent, pour moi, des morceaux d’anthologie auxquels ce roman ne se réfère pas mais qui n’ont pourtant pas manqué à chaque page d’en rappeler la musique à mes oreilles. Derrière la diva, il y avait toujours la petite Eunice travaillant sans relâche, émerveillée par Bach et Chopin mais désespérée de n’avoir pas pu être l’instrument de leur gloire.
Peut être Eunice n’aurait-elle jamais atteint les sommets côtoyés par Nina ?
Dommage pour Eunice mais quel bonheur pour nous !

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